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Pourquoi avoir choisi de monter un spectacle tout public ?
Depuis que j’ai touché au théâtre jeune public avec la mise en scène de Marie des
Grenouilles de Jean-Claude Grumberg avec une troupe amateur, j’ai cherché l’occasion de répéter l’expérience dans le domaine professionnel. Il s’agit non seulement d’un genre qui offre énormément de liberté mais aussi d’aller à la rencontre d’un public nouveau au travers de filières différentes comme les écoles et les festivals jeune public en Suisse et à l’étranger.

CREDIT: Guillaume Perret

CREDIT: Guillaume Perret

Pourquoi ce texte en particulier ?
Jérémy Fisher de Mohamed Rouabhi, auteur français, s’est imposé à moi tout naturellement dès la première lecture. J’y ai trouvé un univers plein de mystères et de finesse, un univers profond et poétique qui célèbre les joies et les difficultés de devenir soi-même. Connaissant par ma famille les bouleversements liés à la venue au monde d’un enfant handicapé, la pièce m’a tout de suite interpellée. Et c’est une métaphore forte sur un autre fait sensible : les enfants ne nous appartiennent pas, ils sont de passage et nous devons apprendre à les laisser partir.
Un enfant qui se transforme en poisson ?
Se transformer, n’est-ce pas là un fait fondamental de la vie ? La pièce trace sa voie entre la légèreté du plaisir et le poids d’un apprentissage, et l’un ne va pas sans l’autre. En équilibre entre les deux, le spectacle nous fait éprouver une transformation
fantasque qui s’opère peut-être passivement chez le personnage principal, mais qui conduit à un état de liberté où il accède à son propre charme et peut enfin rejoindre la vie qui lui est due.
Ce conte moderne parle de sujets pas simples comme la différence et la séparation.
Jeremy Fisher C2
Il y a aussi une certaine cruauté, non ?
L’histoire de Jérémy Fisher possède tous les éléments du conte traditionnel : l’élément initiatique, la cruauté justement, la part onirique, sans oublier l’humour et la joie. Je me souviens, étant petite, avoir vécu des moments forts à l’écoute de certains contes. Comme par exemple cette scène du Petit Poucet où les parents chuchotent dans la nuit pour élaborer leur plan de l’abandonner dans la forêt. Ou encore Blanche Neige qui court dans une forêt en pleine nuit et les arbres semblent vouloir l’engloutir de toute part. Ce sont des moments d’une dureté incroyable que rien ne vient édulcorer sous prétexte que l’on s’adresse à des enfants. Dans le conte qui nous occupe ici, il y a cette cruauté. Bien que dans le spectacle on ne voit pas le moment où les parents décident de se séparer de leur fils, on sait qu’il a existé et qu’il a été douloureux. Les questions qui s’ouvrent à nous sont peut-être : pourquoi décident-ils de l’abandonner ? Est-ce parce qu’ils n’arrivent pas à bout de cette douleur d’avoir un enfant pas comme les autres ? Ou leur amour est-il si immense qu’ils trouvent le courage de se séparer de leur enfant pour le rendre à son élément ?
Personnellement, j’opte pour la deuxième réponse tout en veillant à ne pas esquiver
la première qui fait partie intégrante de la problématique de l’enfant non conforme.